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L’art de recevoir

Plateau de fromage : quantités par personne, choix et découpe

Combien de grammes par personne selon le moment du repas, quels fromages associer, dans quel ordre les servir et comment les couper, avec un exemple chiffré pour dix convives.

Par Julie

Le fromager pose toujours les deux mêmes questions avant de sortir son couteau : combien serez-vous, et à quel moment du repas le plateau arrive-t-il ? La réponse change tout. Un plateau de fromage servi après un dîner complet n’a ni le poids ni la composition de celui qui tient lieu de plat un soir d’hiver, et c’est en confondant les deux qu’on se retrouve à minuit avec un kilo de pâtes molles qui sèchent sur la table. Les repères qui suivent servent à acheter juste et à composer un plateau cohérent, avec un exemple chiffré pour dix convives.

Combien de fromage prévoir par personne selon le moment du repas ?

Les fromagers ne donnent pas tous les mêmes chiffres, et ce n’est pas un hasard : la bonne quantité dépend de ce que vos invités ont mangé avant. La fourchette la plus souvent citée tourne autour de 70 à 90 g par personne en fin de repas. Certains descendent à 50 g après un dîner copieux, d’autres montent à 100 g quand le plat principal était léger. Le tableau reprend les repères les plus courants, rapportés à une tablée de dix.

Moment du service Par personne Pour 10 personnes Nombre de fromages conseillé
Après le plat, avant le dessert 70 à 90 g 700 à 900 g 3 à 5
Apéritif dînatoire, avec d’autres pièces 80 à 120 g 0,8 à 1,2 kg 5
Soirée fromage, le plateau tient lieu de plat 150 à 250 g 1,5 à 2,5 kg 5 à 7

Ces poids correspondent à ce qui est mangé. À l’achat, arrondissez au-dessus : la croûte d’un comté ou d’une tomme se mange rarement, les talons restent sur la planche, et un fromage coupé trop juste laisse le dernier convive devant des miettes. Pour un simple apéritif suivi d’un dîner, faites l’inverse et restez sobre : quelques dés de pâte pressée et un petit chèvre, sans dépasser 30 à 40 g par personne selon nous, ouvrent l’appétit sans le couper.

Quand le fromage n’est qu’un poste parmi d’autres, croisez ces chiffres avec le reste du menu. Nos calculateurs de quantités par personne couvrent la viande, la raclette, la fondue ou les pièces cocktail, ce qui évite d’empiler une marge de sécurité sur chaque plat et de finir la soirée avec trois kilos de restes.

Trois, cinq ou sept fromages, combien en mettre sur le plateau ?

La règle du nombre impair tient de la tradition et du coup d’œil plus que du goût : trois ou cinq fromages se disposent plus facilement, avec un fromage au centre ou en pointe. Ne la prenez pas pour un dogme. Ce qui compte, c’est que chaque fromage apporte ce que les autres n’ont pas.

Nous conseillons trois fromages jusqu’à six convives, cinq de huit à douze, et sept seulement pour une soirée fromage ou un grand buffet. Au-delà, les différences s’estompent en bouche et chaque morceau devient trop petit pour être apprécié ; pour une grande tablée, mieux vaut doubler le même plateau que l’allonger.

Le travers le plus fréquent reste le doublon : un brie et un camembert, deux tommes de montagne, deux bleus. Ils se ressemblent assez pour que personne ne fasse la différence et vous privent d’une famille entière. Variez les laits (vache, chèvre, brebis), les textures et les intensités, et le plateau tient tout seul.

Choisir ses fromages par familles, du plus frais au plus corsé

Raisonner en familles évite les doublons et donne d’emblée l’ordre de dégustation. Un plateau de cinq se construit le plus souvent ainsi : un chèvre frais ou demi-sec, une pâte molle à croûte fleurie (camembert, brie, chaource), une pâte pressée (comté, beaufort, ossau-iraty), une pâte molle à croûte lavée (munster, maroilles, époisses, pont-l’évêque) et un persillé (fourme d’Ambert, bleu d’Auvergne, roquefort). Pour un plateau de trois, gardez le chèvre, la croûte fleurie et la pâte pressée : c’est l’assortiment qui met tout le monde d’accord.

La pâte pressée est souvent celle qui fait la différence, parce qu’elle change énormément avec l’âge. Un comté, affiné au minimum quatre mois, n’a presque rien de commun à huit mois et à vingt-quatre : le premier est doux et lacté, le second plus sec, plus long en bouche, parfois parsemé de petits cristaux. Demandez à goûter et choisissez en fonction du reste du plateau : un comté jeune à côté d’un époisses et d’un roquefort, un comté plus âgé si l’ensemble est doux. Pour comprendre d’où viennent ces écarts, du lait collecté chaque jour aux mois passés en cave, un magazine régional consacré à la Franche-Comté explique comment le comté est fabriqué et affiné en fruitière, et ce que signifie la couleur de la bande sur l’étiquette.

Tenez compte aussi de la saison. Les chèvres sont à leur meilleur au printemps et en été, les pâtes molles crémeuses et le mont-d’or à l’automne et en hiver. Un plateau composé avec ce qui est au mieux de sa forme vaut mieux qu’une liste de grands noms achetés à contretemps.

Lait cru ou pasteurisé, la question à poser avant de composer

Avant de passer commande, demandez qui sera à table. Les autorités sanitaires recommandent que les jeunes enfants, les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées ne consomment pas de fromages au lait cru, et conseillent de privilégier pour eux les pâtes pressées cuites, comme le comté ou l’emmental, ou les fromages au lait pasteurisé. Votre fromager connaît le lait de chaque fromage qu’il vend ; une petite étiquette posée devant chacun évite à vos invités d’avoir à poser la question à table. Pour une situation particulière, c’est au médecin ou à la sage-femme de trancher, pas à l’hôte.

Le plateau de fromage pour 10 personnes, exemple chiffré

Prenons un dîner assis de dix personnes, avec entrée, plat et dessert. On vise un peu moins de 100 g achetés par convive et cinq fromages. À titre d’exemple, la commande ressemblerait à ceci :

  • une bûche de chèvre demi-sec, environ 150 g à la coupe ;
  • un camembert de Normandie entier, dont le cahier des charges impose au moins 250 g ;
  • un comté de 18 mois, 250 g ;
  • une pâte lavée, munster ou maroilles, environ 150 g ;
  • une fourme d’Ambert, 150 g.

Soit environ 950 g, croûtes et talons compris, ce qui place chacun dans le haut de la fourchette sans gaspillage. À table, préparez deux plateaux identiques plutôt qu’un grand : chacun circule sur une moitié de table et personne n’attend le passage du couteau. Il suffit de partager chaque fromage en deux. Seul le camembert se divise mal : laissez-le entier sur un plateau et remplacez-le sur l’autre par une part de brie de même poids.

Pour un apéritif dînatoire de dix personnes, montez à 1 à 1,2 kg et précoupez la plupart des fromages, car personne ne s’attaque à un roquefort entier une assiette à la main. Comme pour un buffet froid bien organisé, mieux vaut regarnir le plateau en cours de soirée que tout poser d’emblée et laisser les pâtes molles couler sous la lumière. Pour une soirée fromage où le plateau tient lieu de repas, comptez 1,5 à 2,5 kg, sept fromages au plus, et ajoutez une salade verte, des pommes de terre en robe des champs ou un peu de charcuterie pour donner du rythme.

Dans quel ordre servir les fromages, et comment les couper ?

Sortez les fromages du réfrigérateur environ une heure avant de servir, couverts d’un linge propre ; dans un appartement parisien bien chauffé, inutile d’aller au-delà. Seuls les fromages frais attendent au froid jusqu’au dernier moment. Sur le plateau, disposez-les du plus doux au plus fort, dans le sens des aiguilles d’une montre si le support est rond, en laissant de l’espace pour que les croûtes lavées ne parfument pas le chèvre. La dégustation suit le même chemin : chèvre, croûte fleurie, pâte pressée, croûte lavée, puis le bleu en dernier. Prévoyez un couteau par fromage, celui du roquefort ne doit jamais toucher le brie.

La découpe obéit à un principe simple : chaque part doit contenir un peu de cœur et un peu de croûte, parce que le goût change de l’un à l’autre. Les fromages ronds et plats, camembert ou reblochon, se coupent en triangles depuis le centre, comme un gâteau. Une pointe de brie se tranche en longueur, sans jamais couper le « nez », la partie la plus affinée que chacun doit pouvoir goûter. Les petits chèvres ronds se partagent en deux ou en quatre, les pyramides en tranches fines de haut en bas, les bûches en rondelles. Une part de comté se débite en tranches parallèles à la croûte, puis le talon en éventail. Le bleu, enfin, se coupe en éventail depuis la pointe, pour que personne ne reparte avec la seule croûte.

Dans un dîner un peu formel, l’usage veut que le plateau ne passe qu’une fois et qu’on ne se resserve pas. Raison de plus pour couper à l’avance une ou deux parts des grands fromages : vos invités oseront se servir correctement au premier passage.

Quels pains et quels vins mettre à côté du plateau ?

Deux pains suffisent. Une baguette de tradition accompagne les pâtes molles sans masquer leur goût ; un pain aux noix va bien aux pâtes pressées, un pain aux figues ou aux raisins aux bleus. Les crackers aromatisés couvrent le fromage plus qu’ils ne le servent. Pour les garnitures, la retenue paie : quelques cerneaux de noix, une grappe de raisin, une confiture de cerises noires à côté d’un ossau-iraty comme au Pays basque, un filet de miel près du chèvre. Dix petits pots de chutney transforment le plateau en buffet et brouillent les goûts.

Le vin blanc s’accorde avec bien plus de fromages que le rouge, dont les tanins supportent mal les pâtes grasses et les bleus. Les accords régionaux restent les plus sûrs : un vin jaune avec un vieux comté, un sancerre avec un crottin de Chavignol, un sauternes avec un roquefort, un champagne avec un chaource ou un brie. Si vous ne servez qu’un vin pour tout le plateau, prenez un blanc sec du Jura ou de Loire plutôt qu’un grand rouge charpenté. Pour les volumes, une bouteille de 75 cl sert environ six verres, et notre page sur le nombre de bouteilles de vin et de champagne à prévoir fait le calcul selon le nombre d’invités et le type de réception.

Un dernier réflexe pour le lendemain : ce qui reste du plateau se garde mieux enveloppé dans du papier sulfurisé ou du papier fromager, puis rangé dans une boîte au réfrigérateur, que sous film plastique, où la croûte transpire. C’est aussi pour cela qu’il vaut mieux arrondir ses achats au-dessus sur les pâtes pressées, qui supportent bien quelques jours de plus, et au plus juste sur les pâtes molles, qui ne seront jamais aussi bonnes que le soir où vous les avez servies.